Ecrit
par Margreth Frankoé (Si
ce conte n'est pas libre de droit, me le dire, je l'ôterai)
Après
le repas du soir, Céline, une gentille petite fille et son papa
rédigent avec sérieux une importante lettre. Ensemble, ils écrivent
au Père Noël pour lui faire part de tous les souhaits de la famille. Céline
réfléchit et papa écrit avec application. Il ne faut en aucun cas
oublier un cadeau pour ceux que l'on aime. C'est pour cela qu'ils
sont si sérieux, du moins c'est ce que pense maman en les observant. Lorsqu'ils
ont enfin terminé, il est l'heure d'aller se brosser soigneusement
les dents, puis s'installer dans son lit. Sa maman vient la
border. Quand elle l'embrasse, Céline demande : - Maman, es-tu
sûre d'avoir choisi le cadeau qui te fera le plus plaisir, ne voudrais-tu
pas autre chose ? La maman lui répond en caressant ses cheveux
: - Mon plus beau cadeau, c'est toi, ma chérie. Mais toi, es-tu
sûre de n'avoir oublié personne? -Non,maman,même Tobi aura
droit à un os spécial ! Après un dernier baiser, la maman s'en
va et Céline, épuisée, s'endort très rapidement. Quand soudain...
Elle entend qu'on frappe à la fenêtre de sa chambre, elle ouvre les
yeux mais ne voit personne. On frappe encore...Bizarre. Elle se
lève et va regarder s'il y a quelqu'un derrière la vitre. Dehors,
il fait froid, le vent souffle dans les branches et fait claquer
les volets. Soudain, Céline croit apercevoir, mais elle n'est pas
sûre...un petit clown bizarre. Il est vêtu d'un énorme pantalon
de toile rouge, d'une veste verte à carreaux et il a un nez
tout rouge, comme tous les petits clowns. Elle se frotte les yeux.
Un petit clown dehors par ce temps ? C'est impossible, elle doit
rêver ! Quand elle se recouche, on frappe encore. Cette fois,
elle voit très nettement le petit clown. Il crie en gesticulant
: - Ouvre donc la fenêtre, laisse-moi entrer, il fait si froid
dehors et je dois te parler. Céline obéit, il saute à l'intérieur
: - Brrr, t'en as mis du temps pour m'ouvrir, je suis gelé ! Elle
demande : - qui es-tu ? Il frissonne et répond : - Je suis
un ami de Pompon, ton ours en peluche. - Un ami de Pompon, ah
bon ! Mais que fais-tu là ? demande Céline, intriguée. - Ce soir,
tu as bien écrit une lettre au Père-Noël, n'est-ce pas ? Céline,
surprise, fait oui de la tête. Le clown demande encore : - Tu
as pensé à tout le monde. N'as-tu pas oublié quelqu'un ? Céline
fait non de la tête. Elle réfléchit puis affirme : - Non,
avec mon papa, nous avons fait une liste ! -Si, tu as oublié
un ami qui ne sait pas écrire au Père-Noël et qui aimerait, lui
aussi, un cadeau. Voilà pourquoi je suis là ! - Quel ami ? demande
Céline. - Pompon, ton ours, tout simplement, répond le clown
en riant. - Mais Pompon est un ours en peluche et on n'a jamais
vu un ours en peluche qui désire un cadeau pour Noël ! Le clown
sautille et gesticule : - Si, si ! il serait heureux de recevoir
... un pot de miel, lui répond le clown avec un immense sourire.
Céline déclare : - Ce n'est pas un cadeau exigeant, je crois
que je peux le rajouter à ma liste. Le clown fait des bonds en
tapant dans ses mains et lui fait un bisou. - Je te remercie,
tu es vraiment trop gentille ! Céline, émue par le baiser, le
remercie à son tour et lui conseille de rentrer chez lui car
il est temps de dormir, quand soudain elle entend une petite
voix fluette qui lui parle : - Moi aussi j'aimerais bien
un cadeau ! Céline ouvre de grands yeux. Assise sur sa chaise,
sa poupée préférée se laisse glisser sur le sol et marche vers elle. -
Que veux-tu ? demande Céline, qui ne savait pas que sa poupée parlait. -
Eh bien ! moi, j'aimerai bien une nouvelle robe. Regarde, celle-ci
est vieille et tout abîmée. - Mais cette robe est très jolie,
il suffit que maman la lave et la repasse et elle sera de nouveau
comme neuve, dit Céline avec sérieux. - Tu plaisantes, Tigris,
ton chat, l'a déchirée. Ici, il y a un grand trou ! La poupée
est au bord des larmes en montrant les trous. Céline et le
clown regardent attentivement et constatent que la robe de
la poupée est en effet en bien mauvais état. - Tu as raison,
je vais demander à ma maman de te coudre une belle robe toute neuve. La
poupée est contente et le clown tape des mains : - Oui, oui,
super ! Cette robe doit être bleue comme la couleur de ses yeux.
Mon Dieu qu'elle va être belle ! La poupée dit encore
d'une petite voix timide : - J'aurais aimé des dentelles, là,
en bas, et un nœud dans le dos. Le clown rit et fait de grands
gestes : - Blanc, le nœud et immense ! - Oui, et des
poignets brodés, rajoute la poupée excitée. Céline rit de bon
cœur, elle demande : - Tu ne crois pas que tu exagères un peu
? - Oh ! non, je me sens si laide dans cette robe ! Alors
Céline serre contre elle sa poupée et lui murmure : - Ne t'inquiète
pas, je m'occupe de ta robe dès demain. Elle bâille de fatigue
et déclare qu'il est temps d'aller se coucher. Mais tout le monde
sursaute à cause d'un bruit bizarre. Quelque chose se passe sur
l'étagère ! Là, sur le rebord du meuble, un soldat de plomb en
costume de parade avance, son fusil sur l'épaule. Raide, l'air solennel,
il se met au garde-à-vous et demande d'une voix fâchée : - De
quel droit cette poupée vaniteuse et cet ours glouton reçoivent-ils
un cadeau pour Noël et pas moi ? Céline se précipite vers
lui, inquiète, et dit : - Oh ! mais, monsieur le soldat de plomb,
ce n'est pas que nous ne voulions pas vous offrir un cadeau,
mais... Le soldat lui coupe la parole : - Je sais, je sais,
on ne pense jamais à offrir un cadeau à un soldat de plomb ! Et
je trouve cela injuste ! Bien sûr, Céline ne voulait pas le vexer.
Et elle doit avouer qu'il a raison. Contrarié, celui-ci claque ses
pieds l'un contre l'autre et marche dignement sur le rebord de l'étagère,
puis il dit encore : - Sais-tu à quoi sert un soldat ? à servir
sa patrie et à défendre sa famille et ceux qui sont sous sa protection.
C'est bientôt Noël, et moi je suis condamné à garder mon fusil sur
l'épaule, sans que personne ne se soucie de moi ! Céline, honteuse,
tente de le calmer : - Ne soyez pas si fâché, monsieur le militaire,
papa dit qu'il y a toujours une solution à tout problème. Il suffit
d'y réfléchir ! - Je ne suis pas un simple militaire, petite,
je suis lieutenant d'artillerie ! Fier et vaillant, mais si triste
! Le clown, apeuré par le ton du lieutenant, se cache sous l'oreiller
de Céline; il approuve sa nouvelle amie en sortant la tête de sa
cachette : -ça, c'est bien vrai ! Y a toujours un truc à faire
! mais comment penses-tu résoudre ce difficile problème, petite
Céline ? Perplexe, Céline réfléchit; elle doit trouver une solution.
Soudain, elle a une idée : - Et si on mettait une belle fleur
à ton fusil, comme dans les chansons. Qu'en penses-tu ? - Une
belle fleur ? demande le soldat. - Oui, une grande et belle fleur,
répète le clown en faisant de grands gestes. - Une fleur si grande
et si belle qu'on verrait plus mon fusil ? - Oui ! - Si tu
peux vraiment faire cela pour moi, je serais le plus heureux des
soldats de plomb et ma fiancée serait si fière de moi ! - ça
tu peux le dire, et nous aussi nous serions fiers de toi, conclut
le clown satisfait. - Soit, j'accepte ce merveilleux cadeau. Il
se met au garde-à-vous et remercie Céline d'un baisemain fort galant. Une
fois de plus, Céline observe qu'il est l'heure d'aller dormir. Chacun
est d'accord. Le petit clown regarde tendrement la fillette. Elle
devine qu'il veut aussi demander un cadeau, alors elle lui sourit
tout en s'installant dans son lit : - Et toi, petit clown, que
veux-tu ? qu'attends-tu pour aller te coucher ? Veux-tu aussi un
cadeau de Noël ? Le petit clown s'approche de son oreille et
dit doucement : - Pour Noël, non, mais j'aimerais bien dormir
près de toi cette nuit, je n'aime pas dormir seul. Alors Céline
soulève sa couverture et lui répond gentiment : - Viens, je te
permets de dormir près de moi. Il s'installe ; elle lui donne
un baiser sur son petit nez rouge et s'endort paisiblement en serrant
dans ses bras un petit clown heureux. Cette histoire est incroyable mais vraie, et je vais vous confierun petit secret... Tard, cette nuit-là,
la maman de Céline est venue voir si sa petite fille dormait sagement. A
sa grande surprise, elle a vu Céline serrer dans ses bras un petit
clown coquin qu'elle n'avait encore jamais vu auparavant; et celui-ci,
quand elle a remonté la couverture sur l'enfant, lui a souri et,
même, lui a fait un clin d'oeil complice.